Témoignage : comment gérer une rupture en pleine grossesse

Il y a autant de manières de vivre sa grossesse qu’il y a de femmes. Si certaines voient en ces 9 mois la quintessence de leur féminité, d’autres, au contraire, y verront un « mauvais moment » à passer. Ce qui est certain c’est que chacune la vivra bien entendu différemment.

Et si pour la plupart d’entre elles, il s’agira d’un moment privilégié vécu (et souhaité) à deux, pour certaines toutefois la maternité rime parfois avec solitude. Voulue ou subie, de nombreuses femmes accouchent chaque année seules, sans personne pour les soutenir.

S’il peut arriver que des futures mères fassent comme on le dit de manière vulgarisée « un enfant toute seule », ce combat s’impose parfois à certaines d’entre-elles. Émilie nous raconte.

Un bébé voulu à deux

« Le projet bébé était dans les cartons depuis des mois. Ça n’était jamais le bon moment. La famille, le déménagement, puis le changement de travail pour lui… pour moi. Au final, cela faisait presque 2 ans que nous en parlions sans nous lancer. J’avais ce sentiment que le timing idéal ne viendrait plus. Alors nous avons laissé faire le destin. Je ne sais pas si c’était de l’envie, de l’excitation du hasard ou de la fatalité. Toujours est-il qu’on n’arrivait pas à choisir, alors on a laissé faire ».

Émilie tombe enceinte rapidement et paradoxalement, elle qui pense à devenir mère depuis de nombreuses années ne se rend pas compte tout de suite de sa grossesse.

« Lorsque le test est devenu positif, j’étais enceinte de 6 semaines. C’est beaucoup ! Le choc a été plus grand que ce que nous le pensions. Que ça soit de mon côté ou du sien, on ne savait pas quoi en penser. Nous étions toujours dans cet interstice étrange, perdu entre la joie et l’inquiétude ».

Dès lors tout s’accélère, au fur et à mesure que son ventre pousse, Émilie prend la mesure de son nouveau rôle de mère. Son compagnon, lui se détache de la situation doucement.

Gérer la rupture durant la grossesse

« Je n’ai pas vu tout de suite qu’il se désintéressait petit à petit du bébé. Il était sous pression à son travail, j’ai vraiment cru que le problème était ailleurs. J’aurais dû me douter… ».

Il manque la première échographie sous le prétexte d’une réunion tardive. Les démarches sont également effectuées par Émilie seule qui semble de plus en plus isolée. A sept mois de grossesse le couperet tombe.

« Notre histoire s’est terminée toute seule, sans que je m’en rende compte, sans que je ne puisse rien y faire. J’étais comme anesthésiée, je ne comprenais pas les mots, je n’arrivais pas à prendre la mesure de ce qui m’arrivait. Il a pris ses affaires je n’ai pas bougé, je n’ai rien compris ».

Devoir assumer d'accoucher seule

Émilie prend alors conscience que sa fin de grossesse devra se dérouler seule, son accouchement aussi semble remis en question.

« Il a fallu que j’assume le fait de devoir gérer seule ma grossesse, cet enfant et toutes ses conséquences. Cela m’a paru insurmontable. Les premières semaines j’en suis même venue à nier ce bébé qui grandissait en moi. Inconsciemment je lui en voulais. Je ne me suis jamais sentie aussi seule. Je n’osais pas en parler autour de moi, j’avais honte. Et surtout j’avais tant à gérer… »

Émilie continue comme si de rien n’était. Au bureau, elle ne parle à personne de sa situation, ses parents ne savent pas à quel point elle est dans l’impasse, elle minimise se disant juste traverser une crise. C’est sur le net qu’elle trouve un indispensable réconfort.

« Je me suis inscrite sur un forum de future maman où j’ai pu enfin tout raconter sans scrupule. Tous les détails, toute cette frustration qui était la mienne. J’ai déversé ma peine, mes peurs et ma colère dans une discussion qui a suscité un vif intérêt. J’ai découvert un soutien inespéré. D’autres femmes avaient vécu la même chose et se sont confiées à moi, nous avons pu parler, échanger. Je me suis sentie moins seule ».

Émilie trouve ainsi le courage de parler à son entourage et mène sa grossesse à terme non sans mal. « Le jour de l’accouchement, j’ai refusé qu’on m’accompagne. Ma mère aurait pu se libérer mais je voulais vivre cette épreuve seule. Je savais que l’aventure qui allait m’attendre serait compliquée et que même si j’étais entourée il allait me falloir assumer en solo mon rôle de mère. Ça a commencé avec la mise au monde de ma fille. On l’a fait… toutes les deux. Et c’est une sacrée revanche ! »

Loin d’être un cas isolé, le témoignage courageux de Émilie pousse à la réflexion. Car si le sujet est encore aujourd’hui tabou, il existe un grand nombre d’histoires similaires dans notre entourage. Compassion et écoute sont donc les maîtres-mots d’un accompagnement efficace pour surmonter cette épreuve difficile.